Délit d’initiés

Publié le par MLG

Le 11 mars 2021, j’adressais ce billet d’information sur le marché de l’art à mes lecteurs :

 

La maison d’enchères Christie’s a vendu aujourd’hui jeudi 11 mars pour 69,3 millions de dollars en cryptomonnaie une œuvre en NFT de l’artiste américain Beeple. Cette œuvre est intitulée « Everydays : the First 5 000 Days », en français : « Chaque jour, les 5 000 premiers jours ». Il s’agit d’un puzzle numérique sous forme de NFT, soit de jetons certifiés par la blockchain, des 5000 œuvres réalisées jour après jour (everydays) par l’artiste.

« Everydays : the First 5 000 Days »
« Everydays : the First 5 000 Days »

Celui qui a remporté les enchères de Beeple est un entrepreneur singapourien de 32 ans dont toute la fortune est en cryptomonnaie, tout comme celle de l’artiste.

Qu’est-ce que la blockchain, au fait ? Rendez-vous sur ce lien pour en savoir plus :

https://www.economie.gouv.fr/entreprises/blockchain-definition-avantage-utilisation-application

L’Europe se met aux enchères en cryptomonnaies

Beeple a donc vu son travail quotidien rémunéré 13 860 dollars par jour pour 5000 jours. L’ensemble est d’ailleurs harmonieux à regarder. Cette manifestation artistique unique, sorte de journal personnel composé de milliers de compositions, a déchaîné les enchères qui étaient virtuelles elles aussi. Mais les enchérisseurs n’étaient pas n’importe qui, puisque ce sont des possesseurs de cryptomonnaie, notamment de bitcoins*. Et cette vente a été réalisée aux USA, puisque les transactions publiques de ce type n’avaient jamais eu lieu en Europe.

La prouesse des enchères sur le tableau de Beeple a insufflé à Paris des enchères folles : organisées par la société Kapandji Morhange une semaine plus tard, on y a vendu… des Bitcoins ! Des Bitcoins, confisqués par l’État français par règlement judiciaire, qui se sont arrachés à bien plus que leur cours, qui était à ce moment-là pourtant très élevé.

C’est le 21 mai 2021, date à laquelle la maison d’enchères Million s’y est essayée à Bruxelles pour un chiffre plus modeste, que des enchères portant sur des œuvres d’art numériques ont eu lieu pour la première fois en Europe.

Ici, quelques aperçus de l’évolution en Europe de l’usage des cryptomonnaies :

https://www.europe-consommateurs.eu/paiements-vie-quotidienne/cryptomonnaie.html

Une bulle où se fabriquent des millionnaires

La vente de « Everydays : the First 5 000 Days » par Christie’s a fait beaucoup de bruit à cause de la hauteur de son chiffre : près de 60 millions d’euros tombant pour une œuvre numérique, même multiple, c’est colossal. Certains artistes numériques que vous pouvez découvrir sur Instagram ne vendent leurs « dessins » qu’à partir de 40 dollars, comme par exemple Jeremy Padawer, d’autres comme Step 2 500 dollars pour des œuvres plus élaborées.

Beeple, alias Mike Winkelman, n’est pas un inconnu. Les media lui ont souvent consacré des reportages, et ses œuvres plastiques sont exposées dans des galeries. Surtout, il évolue sur la blockchain. Il travaille en NFT. Le fait que ces « jetons » soient des actifs qui ont de la valeur déchaîne l’envie de s’enrichir par ce biais qui semble facile et les passions des acquéreurs. Ce sont des sortes d’initiés qui évoluent dans un monde à part, une bulle qui ne concerne pas que les arts visuels, mais aussi les chanteurs, certains rappeurs ayant vendu quelques parcelles de leurs textes des fortunes, les sportifs de renom dont certains ont une partie de leur contrat en NFT ou y vendent leur coup de pied ou autre complétude, etc.

Et comment pénétrer ce monde mystérieux des cryptomonnaies, créer en NFT, posséder des bitcoins ? Comment faire fortune à l’instar de ces riches enchérisseurs qui ne possèdent rien sauf des bitcoins ? Faut-il être informaticien pour créer de l’art ?

Monnaies virtuelles et criminalité

Comment se fait-il qu’à peine créées, ces monnaies font l’objet d’escroqueries et de vols ? Est-il plus facile de les voler que des espèces ? Ne sont-elles pas plus protégées que les monnaies fiduciaires ? Pourtant, chaque Bitcoin serait authentifiable grâce aux NFT !

Sans compter le trading opéré continuellement pour abaisser le cours ou le faire monter. Cela, comme vous le devinez, permet de diminuer le coût des transactions. Dernièrement, c’est la Chine qui a annoncé qu’elle bannissait le bitcoin de son système bancaire.

Sans compter la façon peu reluisante dont certains ont acquis ces monnaies virtuelles. Elles sont le produit de calculs très sophistiqués réalisés par des ordinateurs qui ont donc besoin de dépenser une quantité énorme d’électricité pour « miner » ces monnaies comme on dit. Certains investissent dans des compagnies qui installent des milliers d’ordinateurs dans des pays où l’électricité est bon marché. La Chine, notamment dans le Sichuan, se prête volontiers à ces installations et en produit 60%. D’autres ouvrent leurs propres fermes d’ordinateurs qui tournent jours et nuits dans des endroits reculés, en Malaisie notamment. Même bon marché par rapport à la nôtre, l’électricité ainsi dépensée fait exploser les factures. Peu importe, les mineurs de bitcoins n’hésitent pas à détourner la précieuse énergie. La compagnie nationale d’électricité malaise a estimé ainsi que les mineurs de bitcoins lui ont volé plus de 20 millions de dollars d’électricité pour la seule année 2020. Cerner les fermes clandestines d’ordinateurs devient une occupation policière routinière.

Autre exemple pour ces forcenés virtuels prêts à tout pour s’enrichir digitalement : ils ont encapsulé des micro-logiciels dans des vidéos de la chaîne YouTube. Lorsque vous regardez une de ces vidéos, le logiciel insoupçonnable s’installe sur votre ordinateur et se met à miner du bitcoin avec votre énergie pour un inconnu. Des portables sont ainsi parasités, leur batterie doit être rechargée bizarrement toutes les 24 heures, l’appareil est grillé en peu de temps.

Le dernier fait divers concernant ces monnaies virtuelles se passe en France, le 22 juin : les précieux bitcoins de 3 000 épargnants se sont évaporés ainsi que le président chinois de l’association qui les gérait. Soit 58 millions d’euros disparus (selon le cours actuel de cette monnaie qui a dégringolé récemment, beaucoup plus si le cours remonte) !

Les NFT, un tournant à ne pas négliger

Pourtant, si vous avez l’opportunité de créer numériquement vos œuvres, ne la contournez pas. Il est impensable d’imaginer qu’Internet, le Web, les ordinateurs vont disparaître comme les cryptomonnaies de ces épargnants. Au contraire, tout porte à croire que la création virtuelle commence à peine, et n’est pas un épiphénomène.

 

* Le Bitcoin est la plus connue de ces monnaies, mais on parie beaucoup aujourd’hui sur l’Ether qui mange moins d'énergie. D’autres monnaies émergent ou tentent d’émerger, dans le but de répéter l’odyssée du bitcoin.

Publié dans L'art vit

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