La notoriété d’une œuvre, gage d’une vente record

Publié le par MLG

 Dernièrement, un Monet sans signature n’a pas été vendu lors d’une vente aux enchères à Rouen. Pourtant, les commissaires priseurs certifiaient son authenticité qu’ils pouvaient retracer sans erreur possible. La vente a été très peu annoncée : elle n’était pas entourée comme habituellement d’une aura d’exceptionnalité et d’événement rare comme l’a été le dernier Van Gogh vendu le 25 mars 2021 par visioconférence. Ce Monet sans signature a fait très peu parler de lui avant d’être mis aux enchères. C’est sa mévente qui lui a donné une notoriété inattendue. Soudainement, cette « Entrée de la ville de Dieppe » non signée de Monet a fait parler d’elle dans tous les media. 

Prochain article à ce sujet : Le Cheminement d'une œuvre dans le temps.

La célèbre copie Hekking de La Joconde s’envole à 2,4 millions chez Christie’s alors qu’elle était estimée 200 000 euros !

La vente a duré une semaine et s’est achevée le 18 juin 2021.

La Joconde Hekking
La Joconde du Louvre, chef-d'œuvre unique
La Joconde du Louvre.

Je vous laisse faire le jeu des différences. Elles sont de taille ! En haut, la Mona Lisa du Louvre. La copie Hekking, en dessous, même si dite d’excellente facture, présente de nombreuses faiblesses dans le drapé et le flou du paysage. Quant à son nez… La Joconde de Léonard de Vinci est un chef-d’œuvre unique réalisé en plus de trois ans et peint par plus d'un million de minuscules touches de pinceaux se recouvrant les unes sur les autres.

En 1950, un collectionneur, Raymond Hekking , est persuadé, en achetant une copie de La Joconde datant du 17e siècle, qu’il vient d’acquérir la véritable Joconde. C’est celle qui est exposée au Louvre qui est une copie, prétend-il. En effet, volée en 1911, La Joconde avait été retrouvée en 1914. Mais, peut-être avec les arrière-pensées que l’on devine, l’authenticité du tableau restitué au Louvre fut contestée.

Et Hekking, sans doute manipulé ou peut-être manipulateur, prétendit être en possession du véritable chef-d’œuvre. Que risquait-il ? Il convoqua la presse et les télévisions du monde entier. Ce qui avait fait couler beaucoup d’encre dans les années 60, experts et journalistes prenant parti. Hekking mourut en 1970, mais non sa copie de La Joconde, à laquelle on avait prêté son nom. On dit depuis cette époque : « La Mona Lisa Hekking. »

Avant les moyens de reproductions actuels, il était tout à fait courant de faire réaliser une copie par un peintre, souvent connu, d’une œuvre que l’on appréciait. En parcourant les catalogues et les inventaires des siècles passés, on peut se donner une idée du nombre et de l’importance de ces copies, auxquelles on attribuait une grande valeur selon le renom du peintre et du tableau copiés. Il n'est pas rare non plus qu'en achetant un tableau, on s'imagine faire l'acquisition de l’œuvre d'un grand peintre et se voir soudain à la tête d'une immense fortune. Ceux qui croient ainsi avoir réalisé une affaire inespérée s'accrochent quelquefois à leurs illusions comme notre Hekking.

Les faux ont parfois de la valeur quand ils sont célèbres.

La notoriété de La Joconde et celle de sa copie et du mystère de son authentification ont fait s’envoler les enchères. La Mona Lisa Hekking, présumée authentique ou présumée copie, a été adjugée 2,9 millions d’euros, alors que son prix de départ était 200 000 euros. Le rêve recommence pour son nouveau propriétaire.

Publié dans L'art vit

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