La photographie documentaire

Publié le par MLGOBRY

Oh ! t’as copié !

Un éditeur de dictionnaires fut débouté de sa plainte à l’encontre d’un illustrateur qu’il accusait d’avoir copié un arbre d’un de ses ouvrages, au motif que cet illustrateur ne pouvait connaître toutes les espèces d’arbres et que le rôle d’un dictionnaire était précisément de lui apporter cette connaissance.

Jusqu’où va la copie ?

On sait que les peintres des siècles passés, qui précédèrent la photographie, se servaient de catalogues pour peindre leurs fleurs hors saison. On voit sur ces toiles anciennes certaines coexistences d’espèces qui ne laissent pas de doutes à ce sujet. Il y en a qui paraissent si fanées, comme celles de Juan de Arellano, au 17e siècle, qu’on se demande s’ils ne les conservaient pas aussi dans ce but en les faisant sécher.

Mieux, les artistes en vogue, comme par exemple Rubens, utilisaient les services d’artistes spécialisés pour exécuter les animaux figurant dans leurs tableaux. Nulle mention, ensuite, de ces artistes restés obscurs pour la suite des temps.

A partir de documents, seul un artiste talentueux pourrait utiliser l’image pour articuler l’animal, par exemple, et lui prêter les attitudes voulues. Delacroix se servait des observations de son chat pour peindre les fauves de ses œuvres dans leurs attitudes les plus naturelles. L’imagination ne peut pas toujours suppléer la réalité. Mais il existe actuellement quantité de livres à l’usage de l’artiste offrant les films de toutes les phases du mouvement.

Lors d’un salon d’art animalier, j’ai admiré dans un stand des peintures de lémuriens d’un extraordinaire réalisme. Tout en restant fidèle au sujet, la peintre conférait à ses portraits d’animaux un caractère indéniablement artistique. Elle m’expliqua qu’elle voyageait régulièrement à Madagascar avec son mari. Lui prenait en photo ces animaux, elle les utilisait pour ses peintures. Ces possibilités d’évasion ne sont pas offertes à tous. Où puiser alors ?

Dès l’invention de la photographie, les peintres l’utilisèrent. En particulier les impressionnistes. Pourtant, elle était en noir et blanc. Mais surtout, ils utilisaient leurs photos. Ils s’exercèrent à cet art nouveau avec autant d’application qu’ils avaient étudié les beaux arts.

La copie intentionnelle

Bien loin de ces artistes qui utilisent la photographie à des fins documentaires, il y a ceux qui ne font rien d’autre que des copies exactes, serviles, diront certains. Mais servile est-il bien le mot ? Pour représenter exactement le contenu d’une image, il faut un talent plastique indéniable. C’est à cette expertise technique que le copieur s’adonne, probablement.

Je ne parle pas du vol de l’image. L’autre jour, en exergue d’un blog, j’ai reconnu une de mes fleurs découpée et extraite d’un de mes tableaux figurant dans mon site. Bien sûr, nulle mention de l’origine. Un peintre ne reconnaît pas toujours son œuvre, comme un auteur ne reconnaît pas toujours les textes qui lui sont volés. Cette fleur avait une histoire : à l’origine, un lys d’une espèce précieuse qui se fana trop rapidement et que j’ai transformé en orchidée. La mauvaise foi du copieur va jusqu’à l’accusation : c’est vous qui m’avez copié, profère-t-il. Bien sûr, ce naïf ne risque rien que si l’on va jusqu’au procès : il serait bien en peine de fournir l’original.

L’auteur de lettres copié

Beaucoup de textes sur internet sont recopiés d’un blog à l’autre. C’est fou ce que les recettes de cuisine, par exemple, d’un site à l’autre, se ressemblent comme des images réfléchies rebondissant de page en page. Il existe toutes sortes de façons d’utiliser les failles des logiciels pour pirater à la source. L’énorme nombre de documents offerts sur le web est un écran idéal pour ce genre de prédateurs. L’écrit non publié sur du papier restant une matière impalpable, la preuve de son origine devient difficile, dès lors qu’il est véhiculé ainsi de site en site sous des noms différents. On ne sait trop à quel mobile obéissent les recéleurs. Meubler une page à tout prix, n’être pas en reste par rapport aux autres ? Faut-il produire du hideux que personne ne voudrait revendiquer pour rester original ? Et encore, hideux, par les temps qui courent, est une appréciation subjective.

Le droit à la copie

Qu’a-t-on le droit de copier et à quel usage ? J’ai remarqué, lors d’expositions de peinture, des tableaux représentant des fleurs géantes étrangement similaires, mais signés, au fil des galeries, de mains différentes. Outre que l’inspiration peut être la même pour plusieurs à une époque donnée, il n’est pas sûr que l’artiste ait délibérément copié. Il peut être victime au mieux de réminiscence inconsciente. On voit ça dans l’histoire de l’art : on n’arrive pas à distinguer certaines œuvres les unes des autres produites à un moment donné d’artistes renommés. Je prends comme exemple Dürer et Grünewald. On sait que le premier voyagea beaucoup et eut tout le loisir d’observer les œuvres du second. Idem pour Vivaldi et Bach. L’histoire des découvertes scientifiques produit le même genre de phénomènes.

La recherche de l’originalité.

Cependant, l’artiste vrai reste celui qui ne produit que son art. Qui ne revendique pas celui des autres comme étant le sien. Qui n’étoffe pas une œuvre un peu maigre par les travaux des autres. Est-il pour autant obligé à l’abstraction ? Le copieur est le plus souvent un figuratif, car l'abstraction ne répond pas aux mêmes règles de composition et d'imagination...

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